Nous avons grandi avec l’idée que la guerre était un vestige du passé, une archive en noir et blanc ou un conflit lointain sur un autre continent. Moi-même, chaque 11 novembre ou 8 mai, quand j’allais au Monument aux Morts de mon village écouter « les anciens » parler du devoir de mémoire, je ne réalisais pas à quel point la guerre avait été une réalité charnelle sur nos territoires. Pour ma génération, c’était de l’histoire ancienne.
Dans son dernier essai, Notre déni de guerre, l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau vient briser ce miroir déformant. En seulement 60 pages, il nous place face à une vérité que nous avons tout fait pour ignorer.
De retour à la (triste) réalité
Dans ce texte court et percutant, Audoin-Rouzeau analyse notre comportement face au retour de la haute intensité en Europe. Sa thèse est claire : nos sociétés sont devenues incapables de « penser » la guerre.
- L’illusion du choix : Nous avons cru que la paix était un état naturel et définitif. L’auteur nous rappelle une vérité cruelle : ce n’est pas nous qui choisissons d’être en guerre, c’est l’ennemi qui nous désigne comme tel.
- La déconnexion sensorielle : En déléguant la violence à des professionnels, nous avons perdu le sens de la réalité physique du combat.
- Le narcissisme de la paix : Nous avons confondu nos désirs (vivre tranquilles) avec la réalité du monde.
Andoin-Rouzeau, un expert de la guerre
Directeur d’études à l’EHESS, Stéphane Audoin-Rouzeau est l’un des plus grands spécialistes de la Grande Guerre. Il a consacré sa carrière à comprendre ce que le conflit fait aux sociétés et aux corps. C’est cette expertise qu’il met ici au service d’un cri d’alarme citoyen.
Pourquoi je recommande la lecture de ce livre ?
Le sujet peut paraître sombre, mais il est surtout éclairant.
- Pour la lucidité : Ce livre aide à voir le monde tel qu’il est, et non tel qu’on voudrait qu’il soit. C’est le premier pas vers la résilience.
- Pour sortir de l’impuissance : Comprendre le déni, c’est déjà commencer à en sortir. En acceptant la tragédie qui se joue à nos portes, on devient des citoyens plus conscients.
- Pour le format « Libelle » : Dire l’essentiel en 45 minutes de lecture. C’est le format idéal pour muscler son esprit entre deux rendez-vous.
En résumé : Le temps d’un Paris-Lille en TGV, ce livre ne nourrit pas l’angoisse mais la conscience. Rapide, profond et accessible, il nous invite à nous réveiller pour affronter un siècle qui ne nous fera pas de cadeaux.



