« Juré, Craché »

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Je pense que tous les Français connaissent Éric Dupond-Moretti. L’avocat tonitruant. L’« acquittator ». La bête noire des prétoires. Et pourtant, on le connaît sans doute moins comme ministre.

Car de juillet 2020 à septembre 2024, pendant 4 ans, 2 mois et 15 jours — un record sous l’ère Macron — Éric Dupond-Moretti a été Garde des Sceaux. Le livre Juré, craché nous donne quelques clés pour découvrir le ministre Dupond-Moretti.


Quand le silence se brise

Après ces quatre années passées Place Vendôme, l’ancien Garde des Sceaux brise le silence dans Juré, craché, un livre écrit à deux voix avec son ami Marc-Olivier Fogiel.

Le parti pris est clair : une plongée directe et sans filtre dans les coulisses du pouvoir, sans autre contrainte que celle de raconter les choses telles qu’elles se sont réellement passées.

Le résultat ? Un livre sans langue de bois, construit sous forme de dialogues aussi vifs que passionnants.


Un casting qui fait mouche

L’un des premiers plaisirs du livre, c’est son « casting ».

D’un côté, Éric Dupond-Moretti, premier pénaliste de l’histoire à devenir Garde des Sceaux, connu pour son franc-parler, ses colères et son rapport viscéral à la justice.

De l’autre, Marc-Olivier Fogiel, interviewer redoutable, habitué à aller chercher l’homme derrière la posture publique.

Le livre n’est ni une biographie classique, ni un ouvrage politique institutionnel. C’est une conversation franche sur les sujets qui ont marqué son ministériat :

  • ses relations avec ses pairs,
  • la manière dont il a abordé les dossiers les plus sensibles,
  • ses choix, ses doutes, ses arbitrages.

Dupond-Moretti raconte. Fogiel questionne, relance, insiste. Et Dupond-Moretti répond, sans détour, sans chercher à arrondir les angles.

On sent, au fil des pages, une véritable alchimie entre les deux hommes, amis dans la « vraie vie ».


Dans l’essoreuse du pouvoir

C’est sans doute là que le livre devient le plus intéressant.

Ce qui marque le plus à la lecture, c’est le fossé entre sa vie d’avant — avocat — et sa vie d’après — ministre de la Justice.

Dupond-Moretti raconte avec une sincérité parfois désarmante son passage de la liberté absolue de l’avocat à la rigidité de la machine d’État. De la plaidoirie instinctive à la décision collective, contrainte, souvent frustrante, mais toujours réfléchie.

Il évoque notamment :

  • les attaques personnelles, souvent violentes,
  • le poids de la pression médiatique permanente,
  • le mépris ou l’incompréhension de certains cercles technocratiques,
  • les accusations de prise illégale d’intérêts, dont il finira par être relaxé par la Cour de justice de la République.

On découvre un homme qui a dû apprendre, parfois dans la douleur, les codes de l’Assemblée, des cabinets, des arbitrages interministériels.

Un homme qui, selon ses propres mots, a fait de la politique sans jamais devenir politicien.


Garde des Sceaux : entre transparence et désillusion

L’un des grands intérêts du livre réside dans la manière dont Dupond-Moretti se livre sur son expérience de Garde des Sceaux, sans chercher ni à se justifier, ni à se victimiser.

Il explique ce que signifie réellement diriger la justice en France : porter des réformes dans un climat de défiance, maintenir des principes juridiques forts face à l’émotion et à la pression de l’opinion — le fameux tribunal social des réseaux sociaux.

Il assume ses combats, reconnaît ses échecs, revendique ses choix.

Juré, craché ne cherche pas à réécrire l’histoire. Il montre la réalité brute du pouvoir, avec ses compromis, ses renoncements et ses lignes rouges.


En conclusion

Juré, craché est un livre qui se lit facilement, porté par le rythme des questions de Fogiel et des réponses de Dupond-Moretti.

Que l’on admire ou que l’on rejette Éric Dupond-Moretti, une chose est difficilement contestable : il parle vrai. Sans filtre. Sans calcul. Sans chercher à plaire.

Le livre permet de découvrir l’envers du décor de ce ministère, les échanges avec le président Macron, les coulisses de ces quatre années vécues — des années qui semblent l’avoir profondément marqué et fatigué.

Un livre sincère, intense, profondément humain.

PS : A noter que j’ai lu ce livre sur ma nouvelle liseuse Vivlio. Livre très adapté pour ce format digital.

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