Alors, autant vous l’annoncer tout de suite : je suis un très grand fan de la trilogie Le Seigneur des Anneaux de Peter Jackson, que je revisionne a minima une fois par an ! Je fais partie de ceux qui ont découvert les films avant les livres de Tolkien. Et j’ai toujours été fasciné par cet auteur qui a créé une telle œuvre avec ses personnages, ses mondes, ses langues, etc. C’est donc avec un grand plaisir que je me suis plongé dans la lecture de cette bande dessinée, Tolkien, le magicien de l’Anneau de Chantal Van den Heuvel et Henrik Rehr, avec comme objectif de comprendre comment cet Anglais du début du XXe siècle a pu concevoir une architecture imaginaire d’une telle ampleur qui continue de fasciner encore aujourd’hui.
La puissance du neuvième art : visualiser l’indicible
Si la biographie littéraire a ses vertus, le format de la bande dessinée prend ici tout son sens. Au-delà du texte, l’image permet de matérialiser la façon dont l’auteur perçoit son environnement, de rendre tangible son paysage mental. J’avais déjà été comblé par de récentes BD du genre, comme Space Montaigne de Marion Montaigne.
Dans Tolkien, le magicien de l’Anneau, le travail d’illustration d’Henrik Rehr se révèle parfait pour cet exercice. C’est par un traitement très intelligent des lumières et de la colorimétrie que le dessinateur nous fait pénétrer dans l’état d’esprit de Tolkien. La palette se fait sombre, lourde, presque étouffante lorsque la mélancolie et le deuil frappent à la porte. À l’inverse, dès que la relation et l’idylle avec Edith prennent forme, les planches s’illuminent de couleurs chaudes et variées.
Il faut également souligner la puissance des séquences décrivant les champs de bataille de la Première Guerre mondiale, habilement mêlées aux réflexions de Tolkien et à son univers en pleine création. L’exécution est remarquable : l’horreur des tranchées est palpable, oppressante, et l’on vit littéralement l’instant aux côtés du dessinateur. On comprend comment le Mordor a pu puiser ses racines dans la boue de la Somme.
Un très bel hommage à la Terre du Milieu
Sur le fond, l’ouvrage scénarisé par Chantal Van den Heuvel est une vraie réussite. L’album excelle à montrer comment l’œuvre de Tolkien s’est forgée par sédimentation, touche après touche. On y découvre l’importance capitale de ses rencontres intellectuelles, notamment avec des professeurs atypiques lors de ses années à Oxford.
Une réplique, page 54, capte brillamment cette révélation intellectuelle qui structurera toute son œuvre :
« C’est lui qui m’a fait comprendre le lien intime entre une terre, un peuple et sa langue… »
Tout Tolkien est contenu dans cette prise de conscience : la philologie n’est pas qu’une étude aride, c’est le ciment d’une civilisation.
Une bande dessinée à lire, à regarder et à relire, encore et encore
Le rythme de l’album offre une dynamique intéressante. Le scénario est fluide, la narration avance vite et l’on se surprend à dévorer les pages rapidement. Pourtant, chaque case est truffée de détails graphiques et de sous-textes visuels. Cette densité fait de Tolkien, le magicien de l’Anneau une œuvre qui ne se consomme pas en une seule fois : une deuxième, voire une troisième lecture s’imposent naturellement pour pouvoir s’attarder sur le travail minutieux d’Henrik Rehr.
Si vous êtes fan, comme moi, de l’œuvre de Tolkien, ou si vous voulez découvrir simplement où un artiste puise ses inspirations, je ne peux que vous recommander la lecture de ce livre, Tolkien, le magicien de l’Anneau.




